"Bianhua henda"

(les changements sont grands )

« Le changement que nous vivons est absurde au dernier degrés. Je l’abhorre. Cette ville exerçait jadis une puissante attraction qui faisait l’effet d’une drogue pour ceux qui l’aimaient. Ses résidents ne pouvaient s’en arracher. Le caractère le plus profond de Pékin, c’était son calme, son harmonie. Il y avait des vieux monuments des hutongs reliées entre elles, pleines de personnes âgées, de vendeurs à la criée, d’oiseaux sifflants. Chaque hutong, chaque Siheyuan avait une histoire. Des personnages célèbres y avaient habité. Quand je suis allé à Londres, j’ai pu m’imaginer Oliver Twist dans un vieux quartier de la ville. Quand je suis allé à Paris, j’ai pu imaginer la Révolution de 1789 sur la place de la Bastille. Les quartiers de ces villes sont encore chargés de mémoire. Mais Pékin ? Quelle mémoire renvoie le nouveau Pékin ? Pékin a perdu son caractère. Pékin est-elle devenue la putain d’Atlanta ? On peut toujours se consoler en se disant que toutes les villes chinoises connaissent le même sort. Que vous alliez à Pékin, Shanghai, Canton ou Chongqing, ce sont les mêmes ravages de l’urbanisme sauvage. Et puis, il faut dire les choses. Beaucoup de nos fonctionnaires qui sont aux commandes sont incultes ou mal éduqués. Leur obsession est de se précipiter dans l’urbanisation pour renvoyer au monde l’impression que la Chine s’est modernisée. Et puis il y a la pression des promoteurs immobiliers, que le gouvernement contrôle mal. Ces fonctionnaires et promoteurs s’entendent bien entre eux. Notre monde est devenu fou. Ces gens-là ne rêvent plus que de terrains de golf. Le capitalisme à la chinoise manque de maturité. Il est cru, sauvage. Derrière la question immobilière, il y a la question sociale, le creusement des inégalités entre riches et pauvres. »

 

 

 Xu Xing, propos recueillis par F. Bobin dans Pékin en mouvement, éditions Autrement, 2005

Xu Xing est écrivain. Né en 1956 à Pékin, il est notamment l’auteur du recueil Variations sans thème (2003) et de documentaires comme A Chronicle of my Cultural Revolution (2007) et 5+5 (2013). Xu Xing partage l’intérêt du célèbre écrivain Lao She (1899-1966)

 

La khâgne  2015/2016

Martin BRETTEGNIER, Amélie BOULA, Aurore DESHAYE, Chloé FEYEN-GOULO, Imane FLAMANT, Lou FISHER, Rachid FOFANA, Alicia FRANCOIS, Maëlys GAILLET, Léa HARDY, Axelle HIVET, Cléa HUMBERT, Pauline LEPREVOST, Anouchka MOULLE, Marie-M. PAILLET

remerciements:

Monsieur Jean-François Copé et le Conseil Municipal de Meaux, Madame Clothilde Périgault (Conservatrice en chef des médiathèques de Meaux), Madame Pierrette Guiffard (assistante de conservation), Monsieur Wang Wei (directeur du Musée de la planification urbaine de Pékin), Madame Corine Bomati (proviseure du lycée Jean Vilar), Madame Marlène Mouketo (agent comptable du lycée Jean Vilar), la société BECAM, Monsieur Benjamin Pomier (professeur de géographie), Liang Xing (« Pascal »), nos parents.

 

En savoir plus:

La Cité interdite des Fils du Ciel, Gilles Béguin, Découverte Gallimard, 2003

 

Pékin en mouvement, Frédéric Bobin et Zhe Wang, éditions Autrement, 2005

 

Pékin : capitale impériale, mégalopole de demain, Roger Darrobers, Découverte Gallimard, 2008

 

Le droit à la ville, Henri Lefèbvre, Anthropos, 1968

 

La ville générique,Rem Koolhass, 1994

 

Peut-on réinventer Pékin ? Sylvie Ragueneau, Géographie et cultures, 65-2008, 111-132

 

Dictionnaire de la Chine contemporaine, Thierry Sanjuan, Armand Colin, 2006

 

La Chine et le monde chinois, Thierry Sanjuan, Armand Colin, 2010

 

Gens de Pékin, Lao She, Golio Gallimard, 1993