Au pays de l'Enfant-trésor

Casse-tête démographique

 

Combien sont les Pékinois ? La réponse n’est pas simple en raison des découpages administratifs et de la population flottante non répertoriées dans les statistiques. La Municipalité de Pékin, territoire administratif, compte 19 millions d’habitants permanents sur 17 000 km². Mais l’espace urbain aggloméré en dénombrerait environ 13 millions. Il faut rajouter à ces chiffres les résidents non permanents qui représenteraient entre 5 et 7 millions de personnes. Le « Grand Pékin » englobera lui la totalité de la province du Hebei, les municipalités de Pékin et de Tianjin. Si ce projet se réalise, la mégalopole  - baptisée JingJinLi—s’entendra sur 215 000 km² pour une population de 105 millions d’habitants !

 

Le maoïsme a longtemps cherché à maîtriser la croissance urbaine d’un point de vue démographique, grâce au contrôle de l’exode rural à travers la mise en place du hukou (passeport intérieur) et en fixant les habitants de Pékin dans leur unité de travail (Danwei). Ainsi, à l’inverse de ce qui se passait dans d’autres pays du Tiers-Monde, la Chine n’avait pas connu le développement incontrôlé des mégapoles. C’est aujourd’hui le contraire. La Chine post-maoïste est sans doute le pays le plus marqué par la révolution urbaine. Chaque année, 30 millions de chinois viennent s’installer dans les métropoles. Ainsi, en vingt ans, le nombre de pékinois a doublé.

 

 

 

 

 

Communautés en archipel

 

« Ecole, unité de travail, comité de quartier, association émanant du Parti… La Chine officielle est un monolithe. Au-delà de la façade pourtant, on découvre une société plurielle, fragmentée, éclatée en groupes ou en générations qui, à la faveur de la réforme économique et de la révolution urbaine, expérimentent de nouveaux types de relations sociales. Alors que la sphère privée tend à s’autonomiser par rapport à l’Etat; la société urbaine se reconfigure par groupe d’intérêts, d’affinités, de sensibilités, archipel de communautés nouvelles où l’acte d’adhésion tient du libre choix et non plus de la contrainte politique. Tant que ces nouvelles sociabilités ne déstabilisent pas la fiction de la Chine officielle, le régime les tolère. Les Yuppies, les artistes, les retraités ou les intellos ont désormais leurs carrefours, leurs adresses, où ils peuvent cultiver –avec prudence—leur passion commune. »

 

Frédéric Bobin et Wang Zhe, Pékin en mouvement, Autrement, 2005

 

 

 


Photo: Marie-Morgane Paillet
Photo: Marie-Morgane Paillet
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Photo: Christophe Gourguechon
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